Né en 1803 à Bénarès, où son père était juge et percepteur pour le compte de la Compagnie des Indes orientales, James Brooke acheta une goélette avec l’héritage légué par celui-ci et quitta l’Angleterre en 1838 pour explorer, voire conquérir, des terres en Asie du Sud-Est. Mercenaire au service du sultan de Brunei, il combattit rebelles et pirates. Pour le remercier on lui offrit le Sarawak, territoire malais de Bornéo où vivaient des coupeurs de têtes invétérés, les Dayaks. Le règne du Rajah blanc, qui débuta en 1841, établit la dynastie des Brooke jusqu’en 1946, mais c’est au fondateur que s’attache ce livre.
Qu’est-ce qui faisait courir ainsi James Brooke ? L’orgueil sans doute, l’homosexualité peut-être, et tout simplement un goût sans bornes pour l’aventure.
Nigel Barley conjugue ici ses talents d’humoriste, d’anthropologue et d’écrivain, et ça n’est pas de trop pour décrypter un personnage des plus complexes qui, s’il fut reçu par la reine Victoria à Windsor en 1847 avec tous les honneurs dus à un rajah, eut bien du mal à obtenir de la Grande-Bretagne la reconnaissance du Sarawak comme État indépendant (1863). Il mourut en 1868 au fin fond du Devonshire, presque oublié des Anglais mais devenu une figure de légende à Bornéo.
Une biographie aussi british qu’exotique, aussi sérieuse que loufoque, par un auteur qui n’a pas hérité d’une goélette, comme Brooke, mais certainement des gènes de l’humour à la sauce «
sœurs Mitford ».